Renforcer les cyberdéfenses : protéger les fermes canadiennes à l’ère du numérique

Renforcer les cyberdéfenses : protéger les fermes canadiennes à l’ère du numérique

Résumé
7 minutes de lecture

Les exploitations agricoles canadiennes s’informatisent de plus en plus, mais cette évolution n’est pas sans risque. Rançongiciels, tentatives d’hameçonnage et arnaques alimentées par l’IA exploitent les failles de sécurité et les systèmes obsolètes. Comme le révèle le rapport 2025 sur la cybersécurité dans les exploitations agricoles publié par MNP Solutions numériques, 82 % des producteurs agricoles estiment n’avoir jamais été la cible d’une cyberattaque, même si près de 50 % de leurs fournisseurs disent le contraire.

D’autres points clés ressortent de cette étude :

  • Le manque de sensibilisation à la cybersécurité expose les exploitations agricoles à des risques;
  • 80 % des exploitations agricoles ne disposent d’aucun plan d’intervention en cas d’incident;
  • Le fossé générationnel engendre un faux sentiment de sécurité;
  • Les systèmes automatisés non protégés amplifient la vulnérabilité aux attaques;
  • L’information et le recours à des services spécialisés sont essentiels pour renforcer les moyens de défense.
Associé, Cybersécurité - Québec

Les avancées numériques révolutionnent l’industrie agroalimentaire au Canada. Les producteurs gagnent en efficacité et en rentabilité grâce aux percées de l’agriculture de précision, de l’automatisation et de la prise de décisions fondées sur les données. Ces progrès s’accompagnent toutefois de risques informatiques croissants. Loin de se limiter aux champs et aux granges, les exploitations agricoles utilisent aujourd’hui des capteurs, des appareils intelligents en réseau et des systèmes de gestion infonuagiques. Malheureusement, cette connectivité accrue en fait des cibles de choix pour les cybercriminels. Ce problème a pris une telle ampleur qu’il a fait l’objet d’un avis de sécurité du FBI au sud de la frontière.

Or, malgré la menace croissante qui plane sur leurs exploitations, les agriculteurs sont encore peu conscients de cette problématique. Quatre producteurs canadiens sur cinq estiment n’avoir jamais été victimes de cyberattaques, un avis que dément près de la moitié de leurs fournisseurs, révèle le rapport 2025 sur la cybersécurité dans les exploitations agricoles (en anglais), une publication conjointe de MNP Solutions numériques et de RealAgristudies. Ce décalage souligne l’urgent besoin d’accroître la sensibilisation et de mieux préparer le secteur aux enjeux de cybersécurité.

Une nouvelle réalité : la montée des cybermenaces à l’encontre du secteur agricole

L’agriculture est vitale à la santé économique et à la sécurité alimentaire du Canada. Or, les perturbations causées par une cyberattaque – qu’il s’agisse d’interruptions de la chaîne d’approvisionnement ou d’atteintes à l’intégrité des données – risquent d’exposer les consommateurs, le commerce de détail et les marchés mondiaux à de violentes secousses. Et c’est précisément la raison pour laquelle les cybercriminels ont maintenant cette industrie dans leur mire. La nature des cybermenaces évoluant sans cesse, ils utilisent des techniques de plus en plus sophistiquées pour mettre en œuvre leurs stratagèmes. Rançongiciels, tentatives d’hameçonnage et arnaques alimentées par l’IA comptent parmi les menaces les plus répandues aujourd’hui. Les cybercriminels se servent de l’intelligence artificielle pour créer des hypertrucages vidéo, simuler la voix d’une personne (hameçonnage vocal) et imiter des communications client-fournisseur qui incitent les exploitations agricoles à divulguer des renseignements sensibles ou à autoriser des transactions douteuses. Comme l’a découvert MNP Solutions numériques, 68 % des cyberincidents impliquent une erreur humaine, qu’il s’agisse de cliquer sur un lien frauduleux ou d’utiliser un mot de passe peu robuste. Fait plus préoccupant encore, 62 % des cyberattaques impliquent un rançongiciel ou une extorsion, c’est-à-dire que les criminels verrouillent les données de l’exploitation agricole et exigent un paiement en échange de leur restitution.

Les technologies d’exploitation agricole constituent une autre faille majeure. Les contrôleurs d’irrigation, les mangeoires automatisées et la machinerie guidée par GPS sont rarement conçus dans un souci de sécurité. Pourtant, une cyberattaque ciblant ces technologies pourrait interrompre les plantations, perturber les récoltes et même mettre le bétail en danger.

Déconnectés de la réalité? Les exploitants sous-estiment le risque

Les producteurs canadiens sont exposés à des dangers cachés dont ils ne soupçonnent même pas l’existence. Bien que 82 % d’entre eux estiment n’avoir jamais été la cible d’une cyberattaque, près de la moitié de leurs fournisseurs affirment le contraire. La réalité? De nombreuses cybermenaces sont silencieuses. Les courriels d’hameçonnage, les maliciels et les accès non autorisés passent souvent inaperçus… jusqu’à ce qu’il soit trop tard.

Ce faux sentiment de sécurité est encore aggravé par le fossé générationnel. Selon le rapport de MNP, à peine 7 % des producteurs agricoles disent posséder beaucoup de connaissances en cybersécurité. Si les jeunes exploitants agricoles sont davantage conscients des risques numériques, leurs homologues plus âgés se croient souvent à l’abri du fait qu’ils utilisent moins la technologie. Résultat : les deux groupes ont tendance à surestimer leur état de préparation, un excès de confiance qui rend leur ferme vulnérable aux attaques. Dans ce contexte, la cybersécurité est non seulement une nécessité, mais aussi une priorité absolue.

Le coût de l’inaction : ce qui est en jeu

Les conséquences financières des cyberattaques peuvent être dévastatrices. Les incidents par rançongiciels, en particulier, ont paralysé des entreprises agroalimentaires partout dans le monde. Lors de ces attaques, les pirates chiffrent les données et exigent un paiement en échange de leur restitution. Les exploitations agricoles qui dépendent de systèmes de gestion numériques peuvent ainsi essuyer la perte de données cruciales sur les récoltes, la santé du bétail et la comptabilité. Au-delà des préjudices financiers, les atteintes à la cybersécurité peuvent également miner la confiance des partenaires. Les producteurs évoluent au sein de chaînes d’approvisionnement fortement interdépendantes, si bien qu’une attaque contre une exploitation peut provoquer un effet boule de neige. Ces cybermenaces ne sont pas propres à l’agriculture, mais relèvent d’une tendance croissante dans tous les secteurs d’activité. Statistique Canada estime qu’environ une entreprise canadienne sur six a été touchée par un incident de cybersécurité en 2023, la fréquence augmentant avec la taille de l’organisation. Ces chiffres recoupent les données publiées dans le rapport 2025 de MNP, selon lesquelles les cybermenaces augmentent avec la taille de l’exploitation, en fonction des catégories de revenus.

Cyber security chart

Des répercussions tangibles

Une petite exploitation porcine de l’Ontario a ainsi été victime d’une attaque par rançongiciel orchestrée par des militants. Les attaquants ont infiltré les systèmes informatiques de la ferme, chiffré des données essentielles et menacé de publier des preuves fabriquées de mauvais traitements infligés aux animaux si l’entreprise ne leur versait pas la rançon exigée. Cet incident a non seulement mis en péril les activités de l’exploitation, mais a également exposé cette dernière à un important risque d’atteinte à la réputation. Les conseillers en cybersécurité nous mettent en garde contre la multiplication probable de ce genre de tactiques, insistant sur la nécessité d’accroître la vigilance et de renforcer les mesures de sécurité au sein du milieu agricole.  

Un incident majeur a également touché JBS, l’une des plus grandes entreprises de transformation de viande au monde. En 2021, JBS a subi une attaque par rançongiciel qui a interrompu ses activités dans plusieurs pays, dont le Canada. L’entreprise a fini par verser 11 millions de dollars aux pirates pour récupérer l’accès à ses systèmes et éviter de nouvelles perturbations. Cette attaque révèle la vulnérabilité des entreprises agroalimentaires, même de grande taille, et souligne le risque d’un impact généralisé sur la chaîne d’approvisionnement.  

Ce genre d’incidents témoigne de l’évolution des tactiques utilisées par les cybercriminels à l’encontre du secteur agricole. Des extorsions de fonds aux menaces d’atteinte à la réputation, les méthodes deviennent de plus en plus sophistiquées… et préjudiciables. Alors qu’elles continuent d’intégrer les technologies de pointe, les exploitations agricoles doivent appliquer impérativement des stratégies de cybersécurité de grande portée afin de se prémunir contre ces menaces émergentes.

Quelles formes prennent ces attaques?

Les cybercriminels infiltrent les systèmes agricoles au moyen d’une panoplie de tactiques, dont les suivantes :

  • Hameçonnage : de fausses communications incitent les producteurs à révéler leurs mots de passe ou à installer des logiciels malveillants. Ces attaques réussissent le mieux pendant les périodes de forte activité, au moment où la vigilance se relâche.
  • Rançongiciels : les pirates informatiques chiffrent des données agricoles essentielles et exigent un paiement en échange de leur restitution. En l’absence de copies de sauvegarde, une seule attaque suffit pour effacer des années d’archives financières et de données opérationnelles.
  • Exploitation de failles connues : dans 14 % des cas, les cyberattaques réussissent à contourner les mesures de sécurité en raison de logiciels obsolètes ou non mis à jour.
  • Hameçonnage par code QR (quishing) : des codes QR frauduleux redirigent les utilisateurs vers des sites malveillants conçus pour voler les identifiants de connexion.
  • Fraude alimentée par l’IA : les cybercriminels orchestrent, à l’aide de l’intelligence artificielle, des fraudes très crédibles telles que l’hameçonnage vocal, une forme d’arnaque qui consiste à imiter des communications de confiance pour endormir la méfiance des victimes. Ces supercheries sont souvent très difficiles à détecter, même pour les technophiles.

Les cybercriminels ratissent large et ciblent les entreprises qui ne disposent pas de remparts suffisants. Les petites et moyennes exploitations sont particulièrement vulnérables aux attaques, car elles présument trop souvent qu’elles ne sont pas assez grandes pour être une cible. La réalité est pourtant tout autre. Le tableau suivant présente l’évolution des méthodes les plus couramment utilisées dans le cadre des incidents de sécurité, la plupart étant en hausse d’année en année (source : Statistique Canada).

Méthodes les plus couramment utilisées dans le cadre des incidents de cybersécurité, Canada, 2021 et 2023, % des entreprises touchées par des incidents de cybersécurité

  2021 2023
Arnaques et fraudes 44 50
Vol d’identité 20 31
Exploitation des vulnérabilités des logiciels, du matériel ou des réseaux
19 25
Décodage du mot de passe
23 22
Logiciel malveillant (à l’exception des rançongiciels)
21 18
Rançongiciel
11 13

Établir un plan de cybersécurité pour mieux se préparer

Encore aujourd’hui, peu de producteurs agricoles canadiens sont prêts à faire face aux cyberattaques. Notre étude révèle en effet que près de 80 % des exploitations agricoles n’ont pas de plan de cybersécurité en bonne et due forme. Or, sans approche structurée d’identification des menaces et d’intervention en cas d’attaque, bon nombre restent vulnérables à des perturbations pourtant évitables.

Voici quatre mesures clés à adopter pour renforcer votre cybersécurité :

1. Intensifier les activités de sensibilisation et de formation

Plus qu’un enjeu informatique, la cybersécurité est une nécessité commerciale. Les producteurs et leurs employés doivent savoir comment reconnaître les tentatives d’hameçonnage, sécuriser les données sensibles et signaler toute activité suspecte. Les personnes qui ont suivi une formation de base en cybersécurité risquent nettement moins de tomber dans le panneau si une attaque survient.

2. Élaborer un plan d’intervention en cas d’incident

Un plan d’intervention en cas d’incident décrit les mesures à prendre à la suite d’une cyberattaque afin de limiter les dégâts et d’assurer une reprise rapide des activités. Ce plan sert notamment à faire ce qui suit :

  • Déterminer qui est responsable de la cybersécurité au sein de l’exploitation agricole;
  • Créer un plan de communication pour informer les principales parties prenantes en cas de brèche de sécurité;
  • Mettre en place des procédures de sauvegarde et de récupération pour pouvoir rétablir rapidement les données critiques.

3. Protéger l’équipement agricole et les technologies opérationnelles

Bon nombre de cyberattaques cherchent à exploiter les failles des technologies utilisées dans le cours normal des activités. En mettant en œuvre des mesures de sécurité de base, vous pouvez protéger votre exploitation de manière plus efficace. Commencez par :

  • Mettre régulièrement à jour vos logiciels afin de corriger les failles insoupçonnées;
  • Utiliser l’authentification multifacteur pour accéder à tous vos systèmes critiques;
  • Vous assurer que les appareils (systèmes GPS, mangeoires automatisées, contrôleurs d’irrigation, etc.) ne sont pas connectés aux réseaux publics.

4. S’allier à des conseillers en cybersécurité

La cybersécurité ne se limite pas à l’installation de logiciels. Il s’agit d’une stratégie intégrée qui englobe les personnes, les processus et les technologies. 

  • Faites appel à des professionnels de confiance pour évaluer les risques et renforcer vos moyens de défense.
  • Si votre équipe interne est petite ou inexistante, misez sur des services gérés en cybersécurité pour assurer une surveillance et une protection en amont.

Transformer le risque en occasion d’affaires 

Même si la question de la cybersécurité peut paraître intimidante à première vue, une bonne planification peut transformer ces difficultés en occasions à saisir. Les producteurs qui investissent dans la cybersécurité dès aujourd’hui seront mieux placés pour protéger leur exploitation, maintenir la confiance de leurs fournisseurs et mettre la technologie au service de leur croissance à long terme.

Le gouvernement fédéral et certaines organisations sectorielles telles que CyberSécuritaire Canada proposent des ressources et des programmes pour aider les producteurs agricoles à renforcer leurs cyberdéfenses. Collaborer avec des partenaires aguerris comme MNP peut également être un bon pas vers l’établissement de solutions sur mesure adaptées aux besoins de votre entreprise agricole.

Prêt à renforcer la cybersécurité de votre exploitation? Évaluez vos risques et élaborez un plan pour partir du bon pied. Contactez notre équipe de spécialistes pour découvrir les solutions de sécurité personnalisées qui s’offrent à vous.

Tom Beaupre , QSA, CISSP, CISA, BS

Associé, Cybersécurité - Québec

514-228-7844

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[email protected]

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